Agapes Bibliques Fiche #4

PREMIERE PARTIE : L’ETUDE DES LIVRES DE L’ANCIEN TESTAMENT

 

« La Bible, c’est l’histoire des venues de Dieu

dans le temps des hommes.

Il s’agit d’accepter la liberté de la théophanie. »

 

 

Introduction

 

L’Ancien Testament forme avec le Nouveau Testament le canon des Ecritures bibliques. Etant la première partie de la Bible, l’Ancien Testament regroupe des livres qui pour une part forment la Bible hébraïque des juifs. Il contient à lui tout seul pratiquement les deux tiers des livres de la Bible.

 

Quel est le but poursuivi dans cette étude des livres de l’Ancien Testament ?  C’est de chercher à « comprendre le Livre », c’est-à-dire arriver à dégager le sens pour aujourd’hui d’un texte d’hier qu’on qualifie de « fixé ». Nous savons en effet que la Bible est un livre : c’est écrit, c’est fixé. Et « au fur et à mesure que passaient les siècles, écrit Daniel Lys, de nouvelles paroles étaient associées aux paroles antérieures, car c’est tout au long de l’histoire que prétend retentir le message. Comment les premières paroles ont-elles été transmises ? Comment les nouvelles paroles leur ont-elles été adjointes ? L’ajout est-il juxtaposition ? appropriation ? modification ? contestation ? …Et plus simplement et fondamentalement, quelle est la fiabilité de la transmission depuis l’origine jusqu’au texte ? »[1]

 

Il se pose quatre problème quand on se trouve devant un livre biblique : l’auteur, l’unité, la date, et éventuellement la formation. C’est ce dont s’occupe ce qu’on appelle la critique littéraire.

 

  • Qui a écrit ce livre ? La question      se pose pour des ouvrages anonymes, comme le Pentateuque, Esaïe 40-55,      Malachie ; ou pseudonymes, comme Qohèlèth et le Cantique des      cantiques, dont l’attribution à Salomon semble bien être une fiction      littéraire, puisque la suite même de ces textes la contredit (Qo      4,13 ; 5,7 ; 8,9 ne peuvent guère émaner du pouvoir absolu, et      l’amoureux de Ct 6,8-9 et 8,11-12 met en contraste son unique et le harem      royal).
  • Ce livre vient-il d’une seule main ?      un disciple, un auteur plus tardif n’t-il pas ajouté à une œuvre plus      ancienne ? … Quelle est la spécificité de chacun, et comment      l’addition modifie-t-elle le texte antérieur ?
  • Ainsi se pose la question de l’unité d’un      livre, mais aussi celle de  sa date,      càd. De la date de chacun de ses constituants et de celle de leur      unification !
  • Mais cela ne suffit pas : encore      faut-il comprendre l’histoire de la formation du texte tel que nous      l’avons aujourd’hui dans la Bible.

 

Avec tant d’autres textes bibliques, celui du Pentateuque est une bonne illustration de ce dernier problème ; mais il y a autres exemples : Job où la divinité n’est pas désignée par les mêmes noms dans la prose (Elohim, YHWH) et dans le poème (El, Eloah, Shadday) ; Esaïe (ch 13-23 ; 40-55 (et plus tard 56-66).

 

Le texte biblique reste complexe : en fait, « un texte n’est pas écrit une fois pour toutes à un moment précis », comme une composition littéraire.  Il faut chercher l’explication dans un milieu vivant : le culte, l’enseignement catéchétique, là où l’histoire est considérée comme kérygmatique, c’est-à-dire porteuse d’un message.

 

Le texte de l’Ancien Testament est le récit d’une rencontre d’amour entre Dieu et Israël son peuple. Pour autant, Dieu est toujours demeuré le Dieu universel conduisant tous les peuples. Mais alors, quelle est l’originalité d’Israël ? C’est qu’il faut vivre dans l’histoire, que Dieu vient dans l’histoire, que l’homme fait l’histoire. Cela est vrai aussi pour les nations païennes qui ont aussi des annales et ce sont leurs dieux qui leur donnent leurs victoires. Israël n’ignore pas ainsi les malheurs de l’histoire.

« Le remède contre la morsure du temps, ce n’est pas que l’homme fuie l’histoire vers Dieu, c’est que Dieu y vienne donner sens : la Bible, c’est l’histoire des venues de Dieu dans le temps des hommes. Il s’agit d’accepter la liberté de la théophanie. »[2]

 

L’on assistera, tout au long de notre lecture biblique, au credo d’Israël se déployer dans l’histoire de cette rencontre avec son Dieu Sauveur. Il y a un but au temps qui ne se réduit pas  à l’éternel retour d’un cycle de bénédictions ou malédictions. C’est pourquoi « le credo fondamental d’Israël, tel qu’on le trouve en Dt 6,20-23 ou 26,5-9, est un credo historique, confessant la foi en un Dieu qui accomplit dans l’histoire certains actes sauveurs qui sont fondateurs de l’existence et de l’espérance de ce peuple.

 

Ce sont ces actes passés dans le temps qui donnent sens à sa vie présente dans l’espace, y compris à l’agriculture dont la bénédiction est don du Dieu dont le salut a abouti au don du pays (cf. Dt 26,9 s.) – en sorte qu’on finira par le préfacer avec la création qui est au fond le premier acte de salut (Ne 9,6 ; cf. Dt 4,32).

 

Certes, il y a aussi en Israël un type de credo qu’on pourrait appeler métaphysique, confessant Dieu en ses attributs plutôt qu’en ses hauts faits. Ainsi la confession de Dt 6,20-25 est-elle précédée en 4,35 et 6,4 de la déclaration de l’unicité du Seigneur et en 4,24 de sa jalousie, et suivie en 7,8-9 de son amour, de sa fidélité et de sa miséricorde. Cependant il faut souligner que c’est à l’occasion de ses actes sauveurs que Dieu est ainsi connu, alors même que ses attributs fondent ses actes : l’amour fonde l’élection ; la jalousie, l’alliance ; et l’unicité, l’universalité et la maîtrise de l’histoire. D’où la promesse pour l’avenir (Dt 31,6).[3]

 

Le terme « testament ». En grec, « testament » se dit diathèkè. Dans le vocabulaire chrétien emprunté à la Septante, ce mot signifie d’abord « alliance ». Il évolue rapidement vers le sens technique et littéraire que le latin testamentum immortalise dans toutes les langues sous la forme de Testament. Ancien et Nouveau.

 

Les livres de l’Ancien Testament sont ainsi regroupés :

 

–          Le Pentateuque  (Genèse ; Exode ; Lévitiques ; Nombres ; Deutéronome).

–          Les seize livres historiques (Josué ; Juges ;  Ruth ; 1 et 2 Samuel ; 1 et 2 Rois ; 1 et 2 Chroniques ; Esdras (1 Esdras) ; Néhémie (2 Esdras) ; Esther ; Tobie ; Judith ;   1 et 2 Macchabées).

–          Les sept livres sapientiaux (Job ; les Psaumes ; Proverbes ; Ecclésiaste (Qohélet) ; Cantique des cantiques ; Sagesse de Salomon ; Ecclésiastique (Siracide).

–          Les dix-huit livres prophétiques (Isaïe ; Jérémie ; Lamentations ; Baruch ; Ezéchiel ; Daniel ; Osée ; Joël ; Amos ; Abdias ; Jonas ; Michée ; Nahum ; Habaquq ; Sophonie ; Aggée ; Zacharie ; Malachie).

 

Certains, absents de la Bible hébraïque, sont écrits en grec ou n’existent qu’en grec. Le total est de quarante-six livres.

 

Chapitre I : Le Pentateuque[4]ou « Loi de Moïse »

 

Le Pentateuque  La Genèse, l’Exode, le Lévitiques, les Nombres et le Deutéronome sont les cinq livres qui ouvrent la Bible. Ces cinq premiers livres sont appelés « la Loi » (en hébreu : torah) ou « la loi (Torah) de Moïse ».

Dans la Tradition juive, ils sont « la Torah » tout court.  Le mot chrétien Pentateuque s’est ensuite imposé. Il est la transcription du latin pentateuchus (liber), traduction du grec hè pentateuchos (biblos), « le (livre) en cinq tomes », formule attestée au milieu du IIème siècle.

 

–          Tome 1. En hébreu Bereshit, « au commencement » ; en grec et en latin Genesis, « origine » ; en français Genèse (le livre retrace l’origine du monde et de l’homme, et celle du peuple élu).

 

–          Tome 2. En hébreu Shemoth, « noms » ; en grec Exodos et en latin Exodus, « sortie » ; en français Exode (le livre fait le récit de la sortie d’Egypte).

 

–          Tome 3. En hébreu :  Wayyiqera, « alorss il appela » ; en grec Levitikon et en latin Leviticus, « le (livre de la loi) Lévitique » ; en français Lévitique (le livre contient les lois concernant les prêtres, membres de la tribu de Lévi).

 

–          Tome 4. En hébreu Bamidebar, « dans le désert » ; en grec Arithmoï et en latin Numeri, « nombres » ; en français Nombres (en écho aux recensements qui font l’objet des quatre premiers chapitres du livre).

 

–          Tome 5. En hébreu Debarim, « paroles » ; en grec Deuteronomion et en latin Deuteronomium, « la seconde Loi » en français Deutéronome (qui vient de l’interprétation  de Deutéronome 17,18 – « un double de cette Loi » – par le traducteur des Septante, qui propose : « cette deuxième Loi » Deutéronomion).

 

 

 

Tome 1 : le livre de la Genèse (Gn)

 

Après avoir pris connaissance des informations contenues dans notre introduction, nous pouvons dès à présent entreprendre le chemin « des commencements », comme dit plus haut, à savoir : l’origine du monde et de l’homme, et celle du peuple élu. Le livre de la Genèse (Gn) est pour ainsi dire le Prologue de toute la Bible et il est le premier livre du Pentateuque. Il contient le récit mythique  des origines du monde et de l’humanité. Il fait ensuite l’histoire des familles des Patriarches, les grands ancêtres du peuple d’Israël, jusqu’à Jacob et Joseph. La Genèse, c’est d’abord la généalogie de l’humanité, comme telle, enracinée dans le libre vouloir de Dieu créateur ; puis celle d’un peuple choisi parmi tous, dont Abraham est l’Ancêtre. Dix sections s’enchaînent dans ce livre, chacune introduite par le mot hébreu tôledôth qui signifie « origine »,  « généalogie » ou « histoire ».

 

Le livre de la Genèse est divisé en deux grandes parties :

 

  • L’histoire      des origines de l’humanité      (1,1-11,26)

 

La création du monde et de l’homme (1,1-2,4a) constitue le prologue. Viennent ensuite cinq séquences mythiques qui décrivent et justifient la condition de l’homme dans diverses situations.

 

  1. Adam et  Eve au paradis, leur chute et la lutte fratricide de leurs premiers fils, Caïn et Abel (2,4b-4,25).
  2. Les descendants d’Adam : les patriarches d’avant le Déluge, la corruption généralisée de l’humanité et le plan divin de destruction du monde (5,1-6,8).
  3. Noé et le Déluge (6,9-9,29).
  4. Les descendants de Noé : la répartition des peuples sur la terre et la diversification des langues (10,1-11,9).
  5. Les descendants de Sem jusqu’au père d’Abraham, Térah (11,10-26).

 

  • L’histoire      des Patriarches      (11,27-50,26)

 

Ce sont les débuts de l’histoire proprement dite, ramenée dans la Bible à celle du peuple élu. La promesse de bénédiction faite à Abraham et à « toutes les familles de la terre » est au centre des récits. L’opposition est  nette avec les malédictions de l’histoire des origines (3,14-19).

 

Cette partie comprend successivement :

 

  1. la geste de Térah et d’Abraham (11,27-25,10), ensemble de sagas ou traditions familiales ;
  2. l’histoire d’Isaac (25,11-26,34) ; la vie de Jacob (27-36), largement commandée par le conflit avec l’aîné Esaü (25,19-34) ;
  3. la longue « nouvelle » de Joseph, qui prépare l’Exode (37,1-50,26) ;
  4. la fin de Jacob, qui prononce en testament une « bénédiction » prophétique à l’adresse de chacun de  ses douze fils  (49,1-50,14),
  5. et celle de Joseph, enseveli en Egypte (50,15-26).

[1] Daniel LYS, op.cit., p. 62.

[2] Cf. Id., p. 33-34

[3] Cf. Id., p. 34-35.

[4] Nous puisons ces notions chez André PAUL, op. cit., p. 59.

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